« Souffle dans tes mains. Ne bouffe plus. Ca les met en rage de s’apercevoir qu’on n’a pas touché à son quignon de pain, qu’on n’a pas touché au rata. Surtout, ne jamais paniquer. Tu es dans le noir ? Et alors, depuis quand as-tu peur du noir ? Tu vis dans cinq mètres carrés ? Ton cerveau, lui, peut t’emmener où tu veux. Commence par une scène du passé, n’importe laquelle, courte de préférence, et reconstruis la exactement jusqu’au moindre détail, en faisant appel à tous tes sens, sans exception; tu l’as bien devant toi, en couleurs : n’omets aucune ombre, aucune nuance; s’il y a de la nourriture, goûte la, hume-la; s’il y a quelqu’un, touche le; écoute les voix, prête l’oreille à chaque intonation, savoure même les pauses et les silences. Règle la mise au point. Quand l’image pâlit, ce qui arrive forcément, affamé ou pas, fais mille pompes. Qu’est-ce que tu en as à foutre de la bouffe ? Au bout de trois jours, sa simple vue te fera gerber. Tu prétends pouvoir jouer de de tête aux échecs ? Vas-y, fais quelques parties. Ensuite, passes au calcul mental. L’abstraction pure. Commence par des opérations simples à un chiffre, et, va en augmentant. Ne laisse jamais un problème non résolu; repars de zéro si nécessaire; ensuite, mille abdominaux. Alors et alors seulement, allonges toi sur le dos, non pas pour dormir, mais pour rentrer en toi-même et trouver ta petite flamme intérieure, tu la verras, elle y est, une lointaine lueur dorée. Enroule toi autour d’elle.
Fais tout cela, et tu seras inaccessible, invisible. Personne ne pourra jamais t’atteindre. »
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